Black Tie

sélection Vertigo

sélection Vertigo

le 17 novembre

au TPR

durée: 1:30

de Rimini Protokoll

Théâtre

Black Tie

« Vous avez été trouvée dans une boîte en Corée du Sud en 1977, enveloppée dans du papier journal. »

La démarche singulière du collectif de mise en scène Rimini-Protokoll puise sa matière dans les lieux et les situations existantes, questionnant non seulement le monde réel mais souvent aussi la relation entre la scène et le public. Invités dans le monde entier pour créer leurs performances, tous leurs projets ont en commun de se développer autour de « vrais gens » et de « vraies histoires ».

Black tie repose sur le témoignage d’une jeune femme, Miriam, de nationalité allemande et d’origine sud-coréenne. Adoptée par une famille de Basse-Saxe, elle met en scène son histoire, ses questionnements identitaires, sa quête inachevée pour tenter de reconstituer le trou noir qu’est sa vie avant son arrivée à l’aéroport. Car de cette vie antérieure, il ne lui reste qu’une trace : « Vous avez été trouvée dans une boîte en Corée du Sud en 1977, enveloppée dans du papier journal. »

Avoir les traits coréens et des parents blonds, c’est porter en soi, inexorablement, tout un pays, une histoire, une culture, une identité d’origine pourtant si étrangère et inconnue. Cette petite boîte noire qui conserve enfermés tous ses secrets, est-elle un espace fertile ou une boîte de Pandore ? Peut-on la décoder en analysant l’ADN prélevé sur un échantillon de salive ? Comment gère-t-on le traumatisme identitaire face à des parents de fortune envers lesquels on « doit » être redevable ? A-t-on le droit de priver un enfant de la connaissance de ses origines ?

A travers sa tentative d’autobiographie, Miriam veut aussi amener à réfléchir sur toutes les implications et les conséquences des adoptions internationales. Quelles sont les motivations derrière ces « bonnes actions », dont parfois l’idéalisme ne comble pas les trop grandes attentes et ne suffit pas à être capable d’affronter les réelles difficultés qui se posent au quotidien.

Une rencontre d’une grande sincérité, riche de son ouverture à l’autre et de son questionnement.

Spectacle en langue originale, surtitré en français

mise en scène
Helgard Haug et Daniel Wetzel Rimini Protokoll

texte
Helgard Haug et Daniel Wetzel avec Miriam Yung Min Stein

interprétation
Miriam Yung Min Stein Hye-Jin Choi Ludwig

dramaturgie
Sebastian Brünger

scénographie et lumières
Marc Jungreithmeier

musique
Ludwig

design interactif
Grit Schuster

son
Florian Fischer

gestion de production diffusion
Heidrun Schlegel

assistanat design interactif
Tobias Üffinger

assistanat mise en scène
Dorit Abiry

assistanat scénographie
Sina Gentsch

direction technique
Wolfram Sander

production
Rimini Apparat

co-production
Hebbel am Ufer Berlin Theaterhaus Gessnerallee Zurich en collaboration avec le Wiener Festwochen.

avec le soutien
de la Mairie de Berlin, Chancellerie d'Etat, Affaires culturelles

droits d'auteur
Schaefersphilippen Theater und Medien GbR

Rimini Protokoll - Un collectif théâtral

Les membres du collectif de mise en scène Rimini protokoll se sont rencontrés dans les années 90, au cours de leur formation à l’institut des sciences théâtrales appliquées de Giessen, sorte d’école supérieure du théâtre allemand avant-gardiste. Rimini regroupe sous son label : Helgard Haug, Stefan Kaegi et Daniel Wetzel. Tous trois travaillent alternativement dans différentes constellations : souvent tous les trois ensemble, également régulièrement Haug et Wetzel en duo, Kaegi a travaillé seul, pour sa part, à plusieurs reprises, bien qu’il ait antérieurement coopéré avec Bernd Ernst dans Hygiene heute.
Rimini Protokoll a tout d’abord réalisé ses premiers projets au sein de théâtres privés. Depuis le début de la décennie, le collectif est également invité par des théâtres publics : lors de la saison 2006/07, deux mises en scènes furent présentées au Schauspielhaus de Zürich.
Le collectif travaille en outre depuis de nombreuses années à l’étranger (en grande partie à la demande de l’institut Goethe). Rimini Protokoll puise ses thématiques au cœur de la réalité. Les projets sont construits à partir de recherches précises, développées à partir de situations existantes dans le lieu original. Le groupe travaille toujours, pour ses mises en scène, avec des amateurs, nommés «spécialistes» par Rimini Protokoll, trouvés au cours des recherches, et qui se présentent ensuite dans les spectacles, tels qu’ils sont.
Le théâtre de Rimini Protokoll ne sépare pas la scène et le public, mais articule toujours les deux sphères selon de nouvelles expériences d’agencements. Il s’agit ici de perception, de récognition du monde et en particulier des Hommes. Il s’agit de percer le complexe, qu’est notre réalité, de le montrer sous toutes ses facettes, de manière à pouvoir ainsi le questionner.
Les membres de Rimini Protokoll utilisent leur méthode de manière profondément subtile, dans des constellations toujours plus surprenantes, faisant preuve d’une grande curiosité envers le monde. C’est ainsi qu’ils sont devenus les protagonistes d’un «mouvement de la réalité», déjà présent depuis quelques années dans le théâtre allemand.

Conversation entre Helgard Haug, Miriam Yung Min Stein et Saumya Ancheri

Comment fut votre expérience de partager votre histoire avec «Black tie »  pour lutter politiquement contre l’adoption internationale ?

Miriam : Ca a été étrange de partager mon histoire avec tant de gens mais c’est nécessaire d’être radicalement subjectif pour aider les adoptés de Corée et d’Inde à trouver une voix. Quand j’ai visité la Corée récemment pour la première fois, j’ai logé dans un hôtel soutenu financièrement pour les adoptés qui reviennent. Même si nous nous ressemblions puisque nous étions coréens de naissance, nous tenions à nos propres nationalités (Allemands, Australiens ou autres) à cause des différences culturelles. J’ai découvert que j’étais une de celles qui avaient le plus de chance, et pourtant j’avais traversé des moments difficiles.
Les filles sont abandonnées en Corée à cause de la tendance à préférer les garçons. Toutes ces mères se souviennent de leurs enfants tous les jours pendant trente ans et se demandent où ils sont. J’ai vraiment le sentiment qu’on ne doit pas cacher l’identité des mères biologiques aux enfants. Les adultes qui veulent adopter devraient sérieusement se demander si leurs intentions sont plus profondes que le sentiment de faire une bonne action. On voit rarement ce que vivent les enfants adoptés par des stars. Quand ils grandissent.

Helgard : Je peux comprendre le désir d’adoption mais il y a des ramifications politiques et financières qui le dépassent. Les parents peuvent abandonner leurs enfants en pensant « ils auront une meilleure vie ailleurs » mais ce n’est pas nécessairement le cas.

Les pays ont actuellement de plus en plus de populations multiraciales. Est-ce que vous prévoyez les mêmes problèmes pour les jeunes adoptés internationaux de maintenant que quand vous grandissiez en Allemagne dans les années soixante dix ?

Miriam : C’était plus complexe alors d’être une personne de couleur. L’Allemagne est surtout blanche ; la plupart de mes amis sont biraciaux. C’est idéaliste de mélanger jusqu’à ce que la seule différence soit l’empreinte digitale. En réalité, c’est difficile à faire. On n’a pas encore résolu le problème. Il y a beaucoup de pressions psychologiques sur les parents adoptifs d’enfants qui ont subi des traumatismes psychologiques qui ne sont pas de leur fait. Ils ne savent pas toujours dans quoi ils s’embarquent quand ils adoptent et une fois que c’est fait, ils ne sont pas toujours prêts à l’affronter.
Les familles qui adoptent des enfants d’autres pays ont généralement un niveau social élevé et de très grandes attentes. Ils veulent que tout aille bien. C’est un revers quand l’enfant ne leur donne pas tout ce qu’ils attendent. C’est une habitude moderne de donner des cours de coréen à un enfant adopté de Corée mais si l’enfant ne veut pas apprendre? L’identité est quelque chose que vous questionnez à l’adolescence. La diversité est importante dans un pays mais pas dans une structure familiale.

Est-ce que le fait d’écrire la pièce vous a donné le sentiment d’en terminer ou est-ce que la quête
d’identité est toujours un trou noir ?

Myriam : la quête d’identité est universelle, les adoptés ont un grand besoin de rechercher et analyser. Il y aura toujours un trou noir. Je pense que c’est important d’écouter ces voix qui nous questionnent. Je ne pense pas que le bonheur soit permanent. Il y a des gens heureux mais plus les gens disent que le bonheur existe, moins ils sont heureux. Je dirais qu’il faut prendre ce qu’on a. En allant en Corée écrire cette pièce, j’ai appris combien c’est important de vivre dans le présent. Je suis Allemande de nationalité et aussi asiatique. J’aime les deux.

Qu’est-ce qui a inspiré « le théâtre d’experts » de Rimini Protokoll, unique en son genre, où des acteurs non professionnels racontent leurs propres histoires au lieu de pièces basées sur un texte ?

Helgard : Nous voulions un théâtre qui nous faisait désirer d’en faire partie. Nous ne sommes pas intéressés dans le théâtre comme critique mais pour confronter les traditions théâtrales. Nous voulions voir des histoires vraies sur scène. Dans notre premier travail, des femmes d’un certain âge parlaient de leur vie de conductrices de Formule Un. Nous avons fait en sorte que les gens voient des entreprises et observent les gens au travail. C’est intéressant de ne pas faire semblant. Vous pouvez voir des gens tirer des câbles et dire « c’est du théâtre ». La vie et l’art sont mélangés. Vous pouvez voir une scène dans la rue que vous voulez captiver ou aller dans une exposition et ne pas être du tout inspiré. Cela dépend de la connotation que vous ressentez.

« Radio Muezzin » était basé sur le remplacement imminent des muezzins par une simple diffusion radio au Caire. « Cargo Sofia » emmenait le public dans des camions réfrigérants dans plusieurs centres de transit européens. Vous avez exploré des vies réelles à Vienne, en Belgique, à Calcutta et travaillez actuellement sur Istanbul dans « Landsmann Sein ». Qu’est-ce qui alimente une telle palette de représentations ?

Helgard : c’est souvent par invitation. Quelquefois, même si c’est une histoire sensationnelle, ça ne marche pas. Nous avons des partenaires avec qui nous aimons travailler de manière récurrente. L’Institut Goethe nous donne la possibilité d’aller dans des villes pour rechercher et développer des pièces. Nous travaillons avec le théâtre d’état en Allemagne pour le financement. Nous demandons des bourses, donc la conceptualisation se fait de un an à trois ans à l’avance. Deux ou trois d’entre nous faisons des recherches par périodes pendant l’année. La période de répétition elle-même est généralement de trois à cinq semaines. Nous pouvons montrer une pièce chaque mois dans une ville différente pendant deux ans. Certaines ne sont représentées qu’une fois. « Black Tie » était plus difficile car ça ne reposait que sur une personne. Cela nous a donné la possibilité de jouer plus longtemps. Six semaines ont été passées en rencontres et en répétitions.

Helgard, vos premiers travaux de théâtre documentaire exploraient les vies de plusieurs personnes.
« Black Tie » a été critiqué parce qu’il ne présentait qu’un point de vue. Qu’est-ce qui vous a décidé à changer de point de vue ?

Helgard : Avec « Das Kapital », nous avions un gros groupe de gens aux opinions et engagements politiques différents travaillant ensemble. Dans « Black Tie », nous avons une seule personne qui dit qu’elle utilisera « je » deux cent soixante seize fois. Pourquoi je demanderais à une personne d’être plurielle ? L’art peut être très ennuyeux si la mise au point n’est pas précise. C’est le sujet qui nous a fait décider de le garder en monologue. A partir d’une biographie nous voulions faire une pièce. Nous voulions quelqu’un qui n’avait pas toutes les informations sur son passé à sa portée, pour que cet espace vide permette la fiction. Miriam avait publié un livre et nous avions aussi entendu parler d’elle. Il y a une réaction chimique qui se passe à l’écoute d’une histoire, même si vous n’êtes pas de la même opinion que le narrateur.

Comment maintenez-vous la spontanéité et l’authenticité de la juxtaposition d’histoires réelles au-delà
des premières représentations ?

Helgard : L’un d’entre nous est toujours avec le groupe à travailler pour lui donner de l’énergie. C’est la neuvième représentation de « Black Tie » et il n’y a pas de problème. Mais pendant les représentations de « Das Kapital » où huit personnes racontaient leur histoire avec Marx comme fil commun, certains soirs étaient vraiment ennuyeux. C’est comme si le jeu était mauvais, encore pire puisqu’on n’a pas d’outil sur lequel compter. Alors on essaie toujours de faire quelque chose de nouveau sur la ville dans laquelle nous sommes.

Comment pouvez-vous dire ce qui est authentique dans une histoire, au vu de la tendance qu’on a d’exagérer ou de censurer quand ça nous concerne ?

Helgard : Les gens avec qui nous travaillons ont une attitude de « pourquoi moi ? ». Ils disent : « je vous dirai mon histoire mais donnez-la à quelqu’un d’autre à jouer », ils ne cherchent pas de l’attention. Ils pensent que leur vie est ennuyeuse. Nous devons les convaincre du contraire. Dès que nous sommes convaincus, on les tenaille jusqu’à ce qu’ils disent « oui ». Et à la fin, ils sont d’accord parce qu’ils souhaitent vivre une aventure. C’est nécessaire de les entraîner à garder leur naturel sur scène. Mais souvent les spectateurs oublient qu’ils ne sont pas acteurs et qu’ils racontent leur histoire.

Vos pièces touchent à des problèmes sociaux et encouragent les spectateurs à participer à de vraies discussions. Quelle a été leur réponse dans les différents pays ?

Helgard : Je n’ai pas eu beaucoup l’expérience de l’auditoire indien mais avec les pièces que nous avons montrées ici, j’ai eu l’impression que les gens s’engageaient vraiment dans les problèmes, ce qui est la même chose qu’en Allemagne. Les gens entendent l’humour et l’ironie dans nos histoires. Dans « cent pour cent Berlin », il n’y avait qu’un seul acteur. Il a proposé un participant de son groupe d’amis qui à son tour en a choisi un autre etc.….jusqu’à ce que nous ayons une réaction en chaîne sur cent Berlinois avec des contrôles sur les nominations basés sur des rapports faits par le bureau des statistiques de Berlin Brandebourg. Basés sur des questions oui/non, ils se sont reformés en groupes différents et les spectateurs étaient amusés et en éveil tout le temps. On leur a posé toutes sortes de questions : est-ce qu’ils avaient été en prison, leur engagement politique, est-ce qu’ils payaient leur ticket de transport public ? Questions qui sont intéressantes pour la société dont vous faites partie. Vous choisissez dix personnes qui vous intéressent et vous suivez leur décision ; vous vous demandez « où est-ce que j’irais et qui m’y rejoindrait ? » A Vancouver en 2010, les jeux olympiques d’hiver, nous espérions que toute l’audience participe. Nous avons eu une session avec les micros ouverts et les gens posaient leur question sur la politique, le style de vie…. Et une personne s’est levée seule pour cette question « est-ce que vous urinez dans la piscine » mais je suis sûre que beaucoup d’autres le faisaient.

Est-ce que la globalisation est un phénomène alarmant auquel nous prêtons trop peu d’attention ?

Helgard : nous ne voulons pas critiquer la globalisation. Nous sommes des artistes globalisés. Dans « Calcutta », nous avons réutilisé quelque chose créé par des compagnies artistiques. En le réutilisant, en questionnant l’adoption internationale dans « Black Tie », nous voulons que les gens repensent aux effets négatifs de la globalisation.

  • 20:15
    novembre
    17
    jeudi
  • tarif plein: 30.-
    tarif réduit: 20.-
    tarif jeunes: 15.-

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