
du 21 février au 22 février
au TPR
durée: 1h20 et 1h30 entracte 45'
de Marie Fourquet
Théâtre

« Et c’est parce que je suis un homme que je peux entendre ça sans fondre en larmes dans mon oreiller ? »
« Qu’est-ce qu’on s’en fout d’être européen ! Depuis l’Europe, les slovènes sont obligés de bouffer les tomates allemandes ! C’est ça l’Europe ! » D’un taxi de Sarajevo à Genève, Marie Fourquet, nouvelle citoyenne suisse, se demande : pourquoi suis-je plus attachée à mon identité européenne qu’à mon identité française ? Etudiante de la génération Erasmus, nourrie de la chute du Mur et de ce rêve de paix entre les peuples sur fond de ciel bleu étoilé, elle observe l’Europe se débattre comme un héros de la mythologie face à son destin. Où va l’Union ? Est-ce une utopie ? Sous l’éclairage de la tragédie grecque antique, l’identité européenne prend une dimension dramaturgique passionnante.
Une création soutenue par Arc en Scènes. Et pour mieux vous faire explorer le travail très incisif de cette compagnie, nous vous proposons également de découvrir dans la même soirée leur très piquant précédent spectacle, Pour l’instant, je doute.
Là, Marie Fourquet voulait s’émanciper de sa nature et écrire comme un homme. Comme un défi pour éloigner les démons de la mièvrerie. Ou bien simplement pour tenter de les comprendre de l’intérieur. Alors, elle dessine par touches, comme autant de nouvelles, des portraits d’homme, en contre-jour, surpris dans ces moments décisifs où leur vie pourrait basculer. Avec leur ton à eux, un regard lucide et un humour mordant, elle dresse l’état des lieux de leurs fragilités, sonde leurs doutes. Le tout dans l’atmosphère d’un concert de rock. « Pas de faux-semblants ni de jeu de dupes, mais des aveux plutôt poilants. Les femmes apprécient, les hommes adorent. »
Le Temps
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La Compagnie Ad-apte
La compagnie ad-apte est une association née en 2004 à Lausanne. Les artistes de la compagnie Marie Fourquet et Philippe Soltermann ont pour volonté de défendre un théâtre de création et d’écriture contemporaine. Issus de l’Ecole Internationale de Théâtre Lassaad pédagogie Jacques Lecoq à Bruxelles, ils ont créé plusieurs spectacles en Belgique et en France avant de s’installer à Lausanne.
Marie Fourquet et Philippe Soltermann sont auteurs, metteurs en scène et comédiens. Ils sont tous les deux auteurs associés au théâtre Saint Gervais à Genève.
La ligne artistique de la compagnie est un théâtre engagé, un regard ironique et empreint d’humour sur notre monde contemporain.
Extraits de Pour l’intant je doute, textes publiés dans Profil depuis 2007
Manu Militari
tu sais le faire avec la main...
« Elle m’a dit tu sais le faire avec la main. Ma femme avec qui je fais l’amour fidèlement depuis 7 ans m’a dit : Tu sais le faire avec la main.
Elle me l’a dit… disons qu’elle me l’a grommelé dans un demi-sommeil. Alors, faisons-le avec la main, puisque je sais le faire avec la main. Elle aussi, elle sait le faire avec sa main. Je ne sais pas, c’était quand même plus tendre je vais te le faire avec la main plutôt que Tu sais le faire avec la main. Bordel ! Et c’est parce que je suis un homme que je peux entendre ça sans fondre en larmes dans mon oreiller ? »
Une chambre à soi
elle était devenue la mère...
« Parce qu’elle était devenue la mère. Parce que je la voyais là, à genoux dans la salle de bains agiter les mains dans notre corbeille de linge sale. Parce que ce qu’elle faisait, là maintenant, consistait à retirer mon linge sale pour ne pas le mélanger à celui des enfants. Terrible. Mes T-Shirts, mes chemises, caleçons et chaussettes étaient imprégnés d’une crasse qui ne pouvait en aucun cas être mélangée avec celle des enfants. Mon odeur de sueur de papa à proximité du body du bébé était impossible. Et ça, elle le savait parce qu’elle était devenu la mère. »
L’Affranchi
je n’avais pas… plus à subir ça.
« Je suis parti, il était 2 heures du matin, il n’y avait plus de bus, plus de métro, mais je suis parti. J’ai marché jusqu’à chez moi et je me sentais tellement libre, sûrement comme ces femmes qui ont claqué la porte dans les années 70, laissant derrière elle mec et enfants. Sauf que moi je n’ai pas claqué la porte, je suis juste devenu un type qui peut partir en plein milieu de la nuit après avoir fait l’amour. Et j’ai la certitude de m’être affranchi de quelque chose ce soir là, même si cette fille intelligente me considère comme le dernier des connards, je me suis dis que je n’avais pas… plus à subir ça. »
PROJET D’ECRITURE
L’Europe et ses errances
LE MYTHE D’EUROPE
Mon premier axe est le mythe d’EUROPE : L’histoire d’une princesse phénicienne vierge qui, attirée par l’odeur d’un crocus, s’approche d’un fougueux taureau ailé blanc, Zeus lui-même ! Ainsi métamorphosé, le libidineux Zeus kidnappe la jeune Europe, lui fait des enfants, tandis que Cadmos son frère la recherche en vain pour finalement, suite aux conseils de l’oracle, changer de projet et construire Thèbes. Testostérone et odeur de safran mènent vaillamment Europe vers sa destinée pendant que le frère s’égare… Ceci est une première histoire d’errance, ces errances qui construisent et construiront toujours l’Europe.
En Europe d’aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de faire le lien et de revenir à Calais bombardée, à la « Jungle » où errent les migrants clandestins terrés dans les restes des bunkers. Pas de taureau ailé mais des passeurs, une vue sur l’Angleterre, un autre rivage et sûrement aussi des frères qui les cherchent. Ce sont deux histoires d’immigration, de pénétration.
La volonté de baser mon histoire sur un mythe grec est liée à l’envie d’enraciner mon thème dans l’énergie tragi-comique que je trouve dans ces mythes. J’aime ces dieux décadents à la forte énergie sexuelle, ces héros errants perdus entre ciel et terre. Je pense que pour pouvoir travailler sur le thème de l’Europe, je dois l'implanter, lui donner des fondations pour qu’il puisse prendre de l’ampleur car mon travail d’écriture part toujours du lieu commun et s’axe sur l’identification personnage/spectateur.
LES HÉRACLIDES
Puis il y a les Héraclides, la pièce d’Euripe écrite en 439 avant Jésus-Christ. Une autre errance, celle des enfants d’Héraclès après la mort de leur père. Ces enfants, ainsi que leur grand-mère Alcmène, sont condamnés à l’exil par le roi Eurysthée, parent de la famille. Craignant les prétentions au trône que pourraient avoir les enfants il les menace de mort. Les enfants et Alcmène fuient leur ville natale Mycènes où règne Eurysthée au service duquel Héraclès dut effectuer ses douze travaux. Souverain omnipotent, il menace de guerre tous les pays qui accueilleraient les réfugiés. Commence alors la pénible errance des enfants d’Héraclès. Seuls les Athéniens accordent l’asile aux enfants ainsi qu’à Alcmène et à Iolaos, le compagnon d’armes d’Héraclès, qui les guide. Eurysthée décide d’assiéger la ville. Afin que celle-ci remporte la victoire, l’oracle exige le sacrifice d’une jeune fille vierge. Macarie, fille d’Héraclès se sacrifie pour sauver la vie d’une athénienne. Athènes gagne la guerre, Eurysthée est fait prisonnier. Alcmène, qui dirige les exilés exige son exécution. Les Athéniens débattent, leur constitution exclut la peine de mort.
La poésie d’Euripide met en scène cette troupe d’enfants anonymes, sans mères, traquée de pays en pays, à leur côté le très vieil Iolaos et la grand-mère donnent à ce cortège une allure étonnante. Cette couvée errante, maudite, guidée par deux vieillards est pour moi une allégorie frappante de l’Europe.