Extinction

le 20 septembre

au Théâtre

durée: 1h20

d’après Thomas Bernhard

Extinction

« Lorsque je me réveille le matin, ma première pensée est de faire cela, de travailler résolument à ma désintégration et à mon extinction. »

« Ce que fait Merlin, assis derrière une table entre quatre projecteurs, relève d'un genre inclassable et innommable : ni spectacle, ni lecture. Comme si les mots de Thomas Bernhard avaient un corps et une âme, comme si la gorge, le visage et les bras de l'acteur faisaient chœur pour dire Extinction. » La presse française unanime, comme ici Jean-Pierre Thibaudat dans Rue 89, presse quiconque de découvrir cette rencontre au sommet Thomas Bernhard / Serge Merlin.

« Serge Merlin est le meilleur interprète de Thomas Bernhard du monde. » C’est le frère de l’écrivain qui le dit. Après avoir quasiment joué sur scène toute l’œuvre de l’auteur autrichien, cet incroyable acteur rêvait de se confronter à son dernier grand texte, Auslöschung, un chef-d’œuvre à bien des égards testamentaires. « De ces fragments d’autobiographie dans lesquels l’auteur vomit son village d’enfance et sa famille en tant que nids répugnants du national-socialisme, il tire des accents proprement inouïs, comme d’un violoncelle qu’il serait lui-même, avec l’archet dans la gorge. Nous voici au cœur même du tragique fait homme dans un grand rire noir. L’art, à cette hauteur, provoque une sorte de bénéfique vertige. » (L’Humanité).

Tout se passe comme si Merlin pénétrait le mystère de cette langue si puissante, obsédante, inspirée, révoltée, et, à l’écouter, comme si tous ces mots prenaient vie devant nos yeux.

Merlin a toujours apprécié chez Bernhard ses « personnages massifs, fascinants, très forts, épatants parce que révoltés de tout, poil à gratter sur toutes les idées, révulsés, à la fois épouvantables et drolatiques. » Ici, il pénètre l’intimité de l’âme de Bernhard dans ce texte si personnel, d’un écrivain à son ami. « On en sort incendié ».

titre original
Auslöschung

adaptation
Jean Torrent

lecture
Serge Merlin

réalisation
Blandine Masson Alain Françon

avec l'aimable autorisation de
Peter Fabjan

traduction
Gilberte Lambrichs Editions Gallimard

Thomas Bernhard est représenté en France par L'Arche éditeur – agent théâtral

Cette lecture a été créée par France Culture le 6 avril 2009 au Théâtre National de la Colline

Thomas Bernhard

Dramaturge et romancier, Thomas Bernhard naît en 1931 et meurt en 1989. Il est reconnu dès les années soixante, après la parution de son roman Gel, comme l'écrivain autrichien le plus important de sa génération et l'un des plus grands écrivains de langue allemande. Il a fait des études de musique au Mozarteum de Salzburg avant de devenir chroniqueur judiciaire. Bien que marqué très tôt et tout au long de sa vie par la maladie, Bernhard est un auteur prolifique traduit en plus de 40 langues. En 1970, il reçoit le Prix Georg Büchner, la plus importante récompense littéraire d'Allemagne. L'écriture musicale de Bernhard est celle d'un styliste virtuose et son œuvre, tout entière dominée par une « dynamique du désastre », allie une infatigable révolte à une jubilation de l'écriture.

Véronique Hotte : Quels sont les aspects d'Extinction qui sollicitent votre attention ?

Serge Merlin : L'oeuvre bernhardienne éclaire l'Autriche et la famille dans ce qu'elle a de plus terrible et de tragique, à travers ces figures de hobereaux, influents dans la région depuis des centaines d'années, potentats d'une partie de l'Autriche et compromis dans l'Histoire du vingtième siècle. Le s méfaits de la famille consistent en la destruction de l'innocence et de la vertue de l'enfance, l'extinction de ce privilège qu'est la possibilité créative. Seule importe en échange la réalisation de l'adulte, de son passage à l'Université à son inscription dans la société. L'enfance est perçue tel un chaos sensible.

VH : L'auteur dans Extinction recherche l'état dernier en espérant la réconciliation avec lui-même.

SM : On pourrait entendre la boucle et la sinuosité de cette chute et de ce fracas épouvantable de l'oeuvre, la présence d'une espérance désespérée. J'ai joué au théâtre Le Réformateur de Thomas Bernhard. Simplement compliqué, La Force de l'habitude, Le Neveu de Wittgenstein. J'entends plus la voix que la parole de Bernhard, j'entends son coeur, une écoute ; j'aime la démesure de sa rage. Par ma présence sur la scène, ce flot ininterrompu peut traverser le public. La sonorité d'un élément entraîne échos ou métamorphoses, telle une partition pour la création d'un matériau sensible, avec la totalité du son et la présence de l'autre. Un coquillage sonore à la force océanique sublime.

VH : Les personnages de théâtre chez Thomas Bernhard vous sont proches.

SM : Les personnages de Thomas Bernhard que j'ai joué – excepté Minetti – ont été une épreuve pour moi ; ils me privaient de la splendeur du rôle, car l'auteur accomplit un chemin péristaltique. Le personnage s'autodétruit pendant qu'il se prononce : il détruit l'écrivain qui détruit lui-même l'acteur. C'est au bout de ce tunnel magique que le personnage apparaît pour que s'entretiennent enfin les deux entités. Au-delà du refus et de la colère de Bernhard, Minetti m'a permis d'accéder à une présence grave de rêve et d'intelligence trépidante, une irradiation de la langue. J'ai «réussi» Minetti, un mystère de théâtre, en lui «cassant la gueule à la sauvage» pour le bonheur d'être avec un ami souverain, touchant à cette chose d el'acteur avec laquelle on a une conversation de qualité. De même, Extinction est une chimie qui s'époumone, espère sa prochaine boule d'air, arrive à respirer encore, n'arrête pas de le dire et parvient au dernier mot de sa perfection.

Propos recueillis par Véronique Hotte, La Terrasse

EXTRAITS DE PRESSE

« Ce que fait Merlin, assis derrière une table entre quatre projecteurs, relève d'un genre inclassable et innommable : ni spectacle, ni lecture. Comme si les mots de Thomas Bernhard avaient un corps et une âme, comme si la gorge, le visage et les bras de l'acteur faisaient choeur pour dire Extinction. »

Jean-Pierre Thibaudat, Rue 89

« A la fois concentré et léger, intense et volubile, Serge Merlin anime de son souffle les humeurs charriées au fil de cette longue phrase infiniment emportée et déportée par les rages et les sarcasmes, mais aussi parfois curieusement apaisée. Ebloui et charmé, on ne se lasse jamais de l’écouter. »

Hugues Le Tanneur, Les Inrockuptibles

« De Bernhard, Serge Merlin est en langue française le truchement élu, comme le double même de l’imprécateur autrichien aux diatribes composées telles des partitions de musique savante. C’est une question de souffle, pneumatique au sens étymologique. De ces fragments d’autobiographie dans lesquels l’auteur vomit son village d’enfance et sa famille en tant que nids répugnants du national-socialisme, il tire des accents proprement inouïs, comme d’un violoncelle qu’il serait lui-même, avec l’archet dans la gorge. Nous voici au coeur même du tragique fait homme dans un grand rire noir. L’art, à cette hauteur, provoque une sorte de bénéfique vertige. »

Jean-Pierre Leonardini, l'Humanité

  • 20:15
    septembre
    20
    mardi
  • tarif plein: 30.-
    tarif réduit: 20.-
    tarif jeunes: 15.-

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