Figaro !

le 26 mars

au Théâtre

durée: 2h sans entracte

d’après Beaumarchais

Théâtre

Figaro !

« La représentation n’est pas une conclusion. Elle est un nouveau point de départ. » Jean Liermier

En finira-t-on avec le droit de cuissage ? Pour Suzanne, la soubrette du Comte Almaviva, il n’est pas question de se laisser faire. Et elle entend bien épouser son Figaro, même si pour cela, ils n’ont même pas obtenu un jour de congé ! Le Comte ayant préféré lui donner, comme cadeau de noces, un lit, commodément placé dans la chambre attenante à la sienne… Mais l’amour est le moteur de la rébellion, chère à Beaumarchais.

On comprend aisément pourquoi cette œuvre peut stimuler un metteur en scène comme Jean Liermier, ayant à cœur de faire sonner les auteurs d’hier comme s’ils écrivaient aujourd’hui… et de faire que les pièces respirent et parlent du monde d’aujourd’hui aux spectateurs d’aujourd’hui. 

La particularité de cette mise en scène tient aussi à son attachement pour la musique. Ayant monté l’opéra de Mozart, il prend ici comme point de départ le livret de Da Ponte.  L’intrigue dans sa « version de chambre » y est resserrée autour des protagonistes. Il réinjecte ensuite les dialogues originaux dans ce découpage plus rapide et précis. Si les comédiens ne chantent pas, le texte par contre est littéralement traité comme une partition musicale. Chaque mot, chaque attaque, chaque prise de souffle même fait l’objet de toutes les attentions, pour sonner juste. 

Après Le jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, Jean Liermier poursuit la narration de son histoire avec cette folle journée où, comme toujours, la fiction sert de révélateur. Car le théâtre, c’est la vie.

mise en scène
Jean Liermier

interprétation
Laurent Annoni
Lionel Brady
Anne-Marie Delbart
Judith Goudal
Darius Kehtari
Jacques Maeder
Sabrina Martin
Serge Martin
Céline Nidegger

production
Théâtre de Carouge – Atelier de Genève
Ce spectacle est réalisé avec le soutien
de la Fondation Leenaards
de Notenstein Banque Privée SA

scénographie
Audrey Vuong

costumes
Coralie Sanvoisin

lumières
Jean-Philippe Roy

univers sonore
Emmanuel Nappey

assistanat à la mise en scène
Bérangère Gros

Jean Liermier

Jean Liermier est diplômé de l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique de Genève (Conservatoire).

Dès 1992, il a travaillé comme comédien en Suisse Romande et en France sous la direction entre autres de Claude Stratz, Hervé Loichemol, Michel Voïta, Richard Vachoux, Philippe Morand, Dominique Catton (pour qui en 2001, il créé pour la première fois au théâtre le personnage de Tintin) et d’André Engel (Woyzeck de Georg Büchner, CDN de Savoie) avec qui il collabore comme assistant à la mise en scène (Le Réformateur de Thomas Bernhard, Papa doit manger de Marie Ndiaye à la Comédie-Française, Le Jugement Dernier de Horvàth ainsi que Le Roi Lear de Shakespeare au théâtre national de l’Odéon).

Il signe sa première collaboration artistique à la mise en scène avec Claude Stratz au théâtre du Vieux Colombier pour Les Grelots du Fou de Pirandello. Il a participé à différents stages avec Ariane Mnouchkine, Matthias Langhoff, André Engel, Yannis Kokkos et a lui-même donné plusieurs stages d’interprétation 1997 à l’ESAD de Genève, alors sous la direction de Claude Stratz.

À l’opéra, il a mis en scène The Bear du compositeur contemporain anglais Walton pour l’Opéra Décentralisé Neuchâtel, La Flûte Enchantée de Mozart pour l’Opéra de Marseille, Cantates Profanesune petite chronique, montage autour de cantates de J.S Bach pour l’Opéra National du Rhin, Les Noces de Figaro de Mozart pour l’Opéra National de Lorraine et celui de Caen.

Depuis 1999, il a mis en scène au théâtre, La Double inconstance de Marivaux (Théâtre de Carouge), Zoo story de Edward Albee (Site Artamis), Peter Pan de J.M. Barrie (Théâtre AmStramGram), Loin d’Hagondange de Jean-Paul Wenzel (Nouveau Théâtre de Poche, Théâtre Vidy-Lausanne), On ne badine pas avec l’Amour d’Alfred de Musset (Théâtre de Carouge), Le Médecin malgré lui de Molière (Nanterre-Amandiers, Vidy-Lausanne, Théâtre de Carouge)

Pour la Comédie Française, il crée Les Sincères de Marivaux au Studio théâtre en 2007 puis Penthésilée de Heinrich von Kleist à la Salle Richelieu au printemps 2008.

Au printemps 2008, il a mis en scène Les Caprices de Marianne d’Alfred de Musset au Théâtre de Vidy-Lausanne dans le cadre d’un partenariat Pro-Helvetia. Il crée en octobre 2008 Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux au Théâtre de Carouge-Atelier de Genève, spectacle qui tourne en Suisse dans la foulée de la création, repris de septembre à décembre 2009 en France et en Suisse. En juin 2009, il met en scène pour l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris une version de L’Enfant et les sortilèges de Ravel. Début avril 2010, il crée L’École des femmes de Molière et distribue Gilles Privat dans le rôle d’Arnolphe. Puis, en mars 2011, il monte Harold et Maude, de Colin Higgins, dans l’adaptation de Jean-Claude Carrière, avec Catherine Salviat, Sociétaire honoraire de la Comédie-Française, dans le rôle de Maude.

Il est depuis le 1er juillet 2008 directeur du Théâtre de Carouge - Atelier de Genève.

Notes sur Les noces de Figaro monté créé en 2007 pour l’Opéra de Nancy. 

Les voies du désir ou la course contre la montre

Deux événements majeurs vont transformer ce banal mariage provincial en une formidable partie d’échecs : d’une part, la situation personnelle du couple Almaviva, chez qui le désir s’émousse et qui, par sa position dominante, va répercuter cette débandade sur ses subordonnés. Et d’autre part, une décision politique forte : l’abolition du “droit de cuissage” (à la réalité fantasmatique). On peut d’ailleurs imaginer que cette décision soit intervenue dans la foulée de l’union de Rosine et du Comte : il l’aimait au point de renoncer à ce privilège.

Renoncement comme preuve d’un amour véritable ? Prétention d’un jeune amoureux sûr de ses sentiments, jusqu’à la naïveté... Nous avons là un vrai déclencheur : le désir contrarié, source initiale de toute violence. C’est bien dans une situation paradoxale que s’est fourré le Comte : il ne peut plus disposer de la domestique Suzanne par simple exercice de son “ droit “; il a fixé, entre lui-même et cet obscur objet du désir, un interdit - ce qui précisément excitera son désir !

C’est un point de départ, le coup d’envoi d’une dualité entre ce désir impétueux sans cesse relancé par l’interdit et la nécessité d’une vie ordonnée où les apparences sont sauvegardées (le témoin gênant que deviendra Chérubin - Don Juan en culotte courte – double imberbe du Comte, sera envoyé au casse-pipe...). La tension extrême qui en résulte agit comme un carburant, un excitant dont la densité de l’intrigue est le résultat.
 Atmosphère de machinations, duperies, désirs contrariés, tous les coups sont permis sur cet échiquier où la folie gagne les esprits, où par moments, certains n’y verraient plus qu’une frénésie libidinale incontrôlée, toute cette journée est consacrée à piéger l’autre dans son infidélité - confondre, embrouiller, bouleverser les projets.

A ce stade, l’étrangeté des démarches faites de détours complexes et obscurs, le sentiment amoureux passant par tous les états possibles, où l’on pousse l’autre à la faute pour le reprendre, où l’on provoque un comportement détestable pour l’aimer à nouveau font penser à Marivaux.... Mais dans les Noces, si les stratégies évoquent Marivaux, la conclusion est bel et bien de Mozart, comme le résume Jean Starobinski : “Cette (...) substitution aura pour effet que l’écart libertin conduise le Comte à un retour qu’il n’avait nullement souhaité. Près du but amoureux, croyant atteindre une nouvelle proie, il aura été fidèle malgré lui. “

Toutes les machinations orchestrées auraient du nous éloigner d’une fin consensuelle mais, traversant intrigues sur intrigues, les coups sont déviés, les situations se retournent comme des chaussettes, on change de sexe comme Chérubin, l’infidèle est travaillé par la jalousie, l’épouse fidèle est envahie par le trouble, Marcelline, la prétendante, devient la mère de celui qu’elle espère épouser...

C’est une véritable esthétique de la substitution qui renvoie les sentiments amoureux vers leurs initiales destinations. Les chemins tortueux de l’amour participent à sa définition même : l’amour véritable est quelque chose de non résolu, traversé par les doutes et les épreuves, l’équilibre recherché est soumis à une constante précarité, l’amour est fait de penchants, d’étourdissements, de pulsions indomptables, et la réelle subversion du livret des Noces de Figaro se situe dans cette description ravageuse du sentiment amoureux, dans le chemin initiatique parcouru par les protagonistes.

JEAN FARAVEL
 Dramaturge

  • 20:15
    mars
    26
    lundi
  • tarif plein: 30.-
    tarif réduit: 20.-
    tarif jeunes: 15.-

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