Les bonnes

le 25 octobre

au Théâtre

durée: 1:45

de Jean Genet

Les bonnes

« Et ces gants ! Ces éternels gants ! Je t’ai dit souvent de les laisser à la cuisine. »

Victimes, monstres ou bourreaux ? Prisonnières de leur misère, les bonnes jouent à un jeu dangereux et la farce bascule. Jean Genet hisse les coupables d’un fait-divers sanglant en héroïnes de tragédie. Dans un concentré virulent de relations malsaines entre trois personnages, les bonnes et Madame, il échafaude un rituel païen à l’issue fatale, dans une parfaite unité de lieu, de temps et d’action.

Dans leur jeu de rôles morbide, exutoire à la médiocrité du quotidien, reflet frustré d’un mélange d’amour fusionnel, de haine, de pulsions et d’impuissance, la « déconnade » comme l’appelle Genet tourne à la « danse de mort ». En même temps, il joue avec les codes du théâtre et les repères du spectateur, saute du trivial au merveilleux, du rire à l’effroi, du pathétique au grandiose avec un art insolent et une sublime acuité pour révéler les facettes obscures de l’humanité.

Jacques Vincey voulait réunir à nouveau, après Madame de Sade, ces trois fabuleuses comédiennes capables d’une démesure jubilatoire pour endosser les gestes et les accoutrements de ces destins aux frontières de la raison. Avec leur connivence, leur intelligence, leur instinct et leur plaisir du jeu partagé, nul doute que ces bonnes-là s’affranchiront de la médiocrité.

mise en scène
Jacques Vincey

interprétation
Hélène Alexandridis Marilú Marini Myrto Procopiou

collaboration artistique
Paillette

scénographie et costumes
Pierre-André Weitz

lumières
Bertrand Killy

musique, son
Frédéric Minière, Alexandre Meyer

régie générale
André Neri

assistanat à la mise en scène et chant
Vanasay Khamphommala

relations avec la presse
Claire Amchin - l'autre bureau

production, diffusion
Cie Sirènes, Emmanuel Magis / A N A H I assisté à l'administration de Mélanie Charreton

production
Compagnie Sirènes

coproduction
Le Granit, SN de Belfort Scène Nationale d'Albi Théâtre du Beauvaisis Gallia Théâtre, SC de Saintes Espace Jacques Prévert, Théâtre d'Aulnay-sous-Bois Centre des Bords de Marne, SPC du Perreux-sur-Marne La Coursive, SN de La Rochelle Théâtre jean Lurçat, SN d'Aubusson Théâtre des 13 vents, CDN de Montpellier

Avec le soutien
de la DRAC Ile-de-France–ministère de la culture de la communication l'aide à la création du Conseil Général du Val-de-Marne

Coréalisation
Athénée Théâtre Louis-Jouvet Jacques Vincey est artiste associé pour trois ans (2011-2013) au Théâtre du Nord CDN Lille-Tourcoing en résidence au Centre des Bords de Marne SPC du Perreux-sur-Marne.

Jacques Vincey, metteur en scène

Né à Paris en 1960, Jacques Vincey fait des études de lettres avant d’entrer au Conservatoire de Grenoble en 1979. En 1983, il joue sous la direction de Patrice Chéreau dans Les Paravents de Jean Genet. Il poursuit sa carrière de comédien en travaillant avec de nombreux metteurs en scène tels que Bernard Sobel (La Charrue et les Etoiles, Hécube), Robert Cantarella (Baal, Le Voyage, Le Siège de Numance, Le mariage, l’affaire et la mort, Algérie 54-62), Luc Bondy, André Engel, ou encore Laurent Pelly.
Au cinéma et à la télévision, il a tourné notamment avec Arthur Joffe, Peter Kassowitz, Alain Tasma, Luc Beraud, Nicole Garcia, Christine Citti, Alain Chabat, François Dupeyron...
En 1987 et 1988, Jacques Vincey monte deux spectacles d’après Robert Desnos, La Place de l'Etoile et Jack’s Folies. Il réalise en 1992 un court-métrage : C'est l'Printemps ?
En 1995, il fonde la Compagnie Sirènes, dont il assure la direction artistique.
Sa première mise en scène au sein de la compagnie, Opéra Cheval de Jean-Charles Depaule, est présentée en 1997 au Festival Turbulences de Strasbourg. La même année il joue et met en scène Erotologie classique pour le Festival Trafics à Nantes.
Après avoir été son collaborateur artistique sur Chat en poche de Feydeau (1999), il co-met en scène avec Muriel Mayette Les danseurs de la pluie de Karin Mainwaring au Théâtre du Vieux Colombier – Comédie Française en 2001.
En 2000 et en 2001 il est missionné par l'AFAA pour travailler au Brésil sur la création de Saint Elvis de Serge Valletti. Le spectacle est créé à Rio de Janeiro à l’automne 2002 dans le cadre de « Tintas Frescas » (Saisons de Théâtre français contemporain en Amérique latine) et du festival Rio Cena Contemporanea, puis tourne au Brésil au printemps 2003.
Dernière étape d’un processus de création du triptyque de J. M. Piemme, Gloria est créé à La Ménagerie de Verre – Paris, puis repris dans de nombreux festivals, dont le festival d’Avignon In en 2001.
Il enchaîne ensuite les mises en scène :
Le Belvédère, d'Ödon von Horvath, est créée en 2004 au CDDB-Théâtre de Lorient et reprise au Théâtre de Gennevilliers et en tournée la saison suivante.
La même année, Jacques Vincey met en scène Jours de France de Frédéric Vossier dans le cadre du Festival Corps de Texte au Théâtre des deux rives à Rouen.
Mademoiselle Julie d'August Strindberg est présentée en novembre 2006 au Théâtre de Vidy-Lausanne et tourne dans de nombreux lieux en France lors de la saison 2006/2007.

Madame de Sade, de Yukio Mishima, est mise en scène en avril 2008 au Centre dramatique de Thionville-Lorraine. La pièce connait un très grand succès et est reprise lors des saisons 2008-09 (aux Abbesses - Théâtre de la Ville, notamment) et 2009-10. En 2009, Claire Risterucci est lauréate du « Molière » du créateur de costumes. Madame de Sade est également nominée pour le Molière de la Compagnie et pour celui de la meilleure comédienne dans un second rôle : Hélène Alexandridis.

La Nuit des Rois de William Shakespeare, en septembre 2009 au Théâtre Carouge-Atelier de Genève. Le spectacle tourne en France jusqu’à la fin de l'année.
Au printemps 2010, il met en scène au Studio-Théâtre de la Comédie-Française une adaptation par Frédéric Vossier du Banquet de Platon.
À l'automne dernier, il monte - dans le cadre de l'année France-Russie 2010 - L'Affaire de la rue de Lourcine d'Eugène Labiche au Théâtre Tioumen en Sibérie occidentale.

Jours souterrains, de Arne Lygre, sera créée pour la première fois en France en mars 2011 au Théâtre Jean-Lurçat, Scène nationale d'Aubusson, puis repris au Studio-Théâtre de Vitry et au Théâtre des Ateliers à Lyon.
Les Bonnes, de Jean Genet sera présentée en octobre 2011 au Granit Scène nationale de Belfort, puis tournera jusqu’en mai 2012, dont à Paris au Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet du 13 janvier au 4 février 2012.
Le Banquet, de Platon sera repris du 26 janvier au 4 mars 2012 au Studio-Théâtre de la Comédie-Française.
En mai 2012, Jacques Vincey mettra en scène Amphitryon de Molière au Théâtre du Vieux Colombier – Comédie Française.

Parallèlement à son activité d’acteur et de metteur en scène, Jacques Vincey mène régulièrement un travail pédagogique dans les lycées et les écoles professionnelles d’acteurs (École des Teintureries à Lausanne, CNR de Grenoble, Ecole Supérieure TNBA, Atelier Volant TNT…)

Marilu Marini

Marilu Marini a été nommée Officier des Arts et Lettres.
C’est comme danseuse qu’elle monte pour la première fois sur scène. Son goût pour une danse imprégnée de théâtralité la pousse naturellement à devenir comédienne. Son premier rôle fut la mère Ubu dans «Ubu enchaîné». Dans «Aimer sa mère», spectacle conçu par Alfredo Arias, dans des décors d’Annette Messager et des costumes d’Adeline André, elle joue les monologues écrits spécialement pour elle par des auteurs tels que : Olivier Py, René De Ceccaty, Yasmina Reza, Nicolas Brehal, Edmund White, Olivier Charneux, Pinti, Jorge Goldenberg.
En 1998, elle joue avec Alfredo Arias «La femme assise» de Copi à Buenos Aires ; ils présentent ce même spectacle, accompagné d’une autre pièce de COPI, le Frigo, au Théâtre National de Chaillot. Pour l’interprétation de «La femme assise», Marilu Marini est nominée aux Molières comme meilleure comédienne de l’année.
Elle collabore à la mise en scène de «Peines de cœur d’une chatte française» auprès d’Alfredo Arias, spectacle qui a reçu le Molière du meilleur spectacle musical en 1999.
En dehors du Groupe TSE, elle travaille pour «Leo Katz et ses œuvres» de Louis-Charles Sirjacq, Armada de Didier Carette, mise en scène de Simone Amouyal, et «Reviens à toi encore» de Gregory Motton dans une mise en scène d’Eric Vigner.
Pour la télévision, elle a tourné avec Nina Companeez dans «Chef de famille», aux côtés d’Edwige Feuillère, Pierre Duxet et Fanny Ardant.
Au cinéma, elle a travaillé avec Daniel Schmid, Ariane Mnouchkine, Hugo Santiago, Michel Soutter, Alfredo Arias, Virginie Thévennet, Pascal Bonitzer, Claire Denis et Catherine Corsini. En 2007, elle tourne dans «Des fleurs pour tout le monde» de Michel Delgado et dans «Musée haut, musée bas» de Jean-Michel Ribes.

Hélène Alexandridis

Formation au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique dans les classes de Robert Manuel et Claude Régy.
Théâtre
2007, DERNIER CAPRICE, m.s. Joël Jouanneau, Théâtre Vidy-Lausanne
2005, PLATONOV d’Anton Tchekhov, m.s. Alain Françon
2004-2005
LE BELVEDERE d’Odon von Horvath, m.s. Jacques Vincey
LA MERE de Stanislaw Ignacy Witkiewicz, m.s. Marc Paquien (Prix de la Critique 2004 : Meilleure Comédienne)
DERNIERS REMORDS AVANT L’OUBLI de Jean-Luc Lagarce, m.s. Jean-Pierre Vincent
2002
NANNIE SORT CE SOIR de Sean O’Casey, m.s. Marc François
LA PROCHAINE FOIS QUE JE VIENDRAI AU MONDE de Jacques Nichet, m.s. Jacques Nichet,Théâtre Vidy-Lausanne
2001
RIXE - LES GNOUFS, SORTIE DE THEATRE UN SOIR DE PLUIE de Jean-Claude Grumberg, m.s. Muriel Mayette
2000-2001, AU BUT de Thomas Bernhard, m.s. Marie-Louise Bischoffberger
1999-2000
L’ENCYCOPÉDIE DES MORTS de Danielo Kis, m.s. Thierry Bédart
SUIVEZ-MOI de et m.s. Gérard Watkins
1998, L’ANGE DES PEUPLIERS de J.P Milovanof, m.s. Laurence Mayor
1997, IL NE FAUT JURER DE RIEN d’Alfred de Musset, m.s. Yves Beaunesne, Théâtre Vidy-Lausanne

Cinéma
Elle a tourné sous la direction d’Alain Cavalier dans «Thérèse» – prix du jury au Festival de Cannes en 1986– et avec Pascale Ferran pour Lady Chatterley, (César du meilleur film 2007), ainsi qu’avec Romain Campillo, Catherine Corsini, Sophie Fillières.

Myrto Procopiou

Formation au Conservatoire national d’art dramatique, Paris (P. Vial, C. Hiegel, D. Valadié)

2007, «L’acte inconnu» de et m.s. Valère Novarina, Festival d’Avignon
2006, «Narcisse» d’après Ovide, «Les métamorphoses», m.s. J.Boillot, musique A.Markeas
2005, «Mademoiselle Julie» d’August Strindberg, m.s. J.Falguières
2004, «Pas vu (à la télévision)» d’après B. Cyrulnik et E. Morin, m.s. A. Churin
2003, «Balkans Transit» de F. Maspero, m.s. A. Dimitriadis
2001-2002
«Le balcon» de Jean Genet, m.s. J. Boillot
«Le café de Rosa» d’après M. Cohen, m.s. C. Garcia-Fogel
«Rebetiko, d’une Grèce à l’autre», m.s. A. Dimitriadis
2000
«Nuit d’orage sur Gaza» de et m.s. Joël Jouanneau
«Le Théâtre Ambulant Chopalovitch» de L. Simovitch, m.s. Christophe Rauck
1999, «Le roi errant» de Shakespeare, m.s. C. Garcia-Fogel

Le 2 février 1933, Christine et Léa Papin assassinent sauvagement et sans aucune raison apparente leur maîtresse et sa fille. Une dizaine d’années plus tard, Jean Genet s’inspire de ce fait-divers pour en faire du théâtre. Il fait entrer les Bonnes dans « la famille des réprouvés glorieux qui prennent dans l’imaginaire une revanche sur leur condition de misère » (M. Corvin).

Ces dames – les Bonnes et Madame – déconnent ?*

D’emblée, Claire et Solange jouent à être autre chose que ce qu’elles sont. Elles se projettent dans des fictions qui exacerbent leurs pulsions et donnent consistance à leurs fantasmes. Madame elle-même joue son propre rôle et sa candeur lui permettra d’échapper à son destin de victime désignée. C’est Claire, jouant Madame, qui finira par boire le tilleul dans lequel a été versé le somnifère qui devait libérer définitivement les bonnes de leur servitude. Le jeu de rôles est affirmé, revendiqué comme un exutoire à un malaise trop profond pour pouvoir s’exprimer sans travestir la vérité. Ce qui se joue cette nuit-là, dans la chambre de Madame, est trop grave pour ne pas devoir passer par le détour du faux, de l’artificiel, de la « déconnade » dont parle Genet. Un jeu de métamorphoses et de reflets qui, comme dans les rêves ou les cauchemars, révèle les facettes les plus obscures et les plus inavouables des êtres.

C’est un conte, c’est à dire une forme de récit allégorique*

Genet parle de lui à travers Claire, Solange et Madame. Il apparaît disséminé dans ses personnages, comme Strindberg qui tentait d’exorciser ses démons en les épinglant dans son théâtre. Mademoiselle Julie, que j’ai mis en scène il y a quelques années, présente d’ailleurs beaucoup de similitudes avec Les Bonnes. Dans les deux cas, il s’agit de faits-divers hissés jusqu’à la tragédie : unité de temps, de lieu, d’action… Un concentré virulent des relations entre trois personnages prisonniers de leurs rêves, meurtris par la réalité et dont la seule issue ne peut-être que le suicide de l’un d’entre eux.
Chez Strindberg comme chez Genet, ce rituel païen, cette « danse de mort » témoignent de cette volonté désespérée de s’élever, de s’arracher à la médiocrité du quotidien et aux prisons de la raison pour atteindre au sublime qui n’existe que dans les contes… ou sur une scène de théâtre.

Un conte… Il faut à la fois y croire et refuser d’y croire*

Les Bonnes jouent à un jeu dangereux. Elles vont se prendre au jeu, et la farce basculera dans le tragique. La chambre de Madame est une arène : acteurs et spectateurs sont complices d’une mort annoncée, mais la victime ne sera pas celle qu’on attendait…
Genet joue avec les codes du théâtre et avec les repères des spectateurs. Il nous maintient aux lisières du vrai et du faux, du trivial et du merveilleux, du rire et de l’effroi. Pathétiques et grandioses, ses personnages évoquent les grands clowns qui, au sommet de leur art, savent nous faire rire et pleurer dans le même instant. Rien n’est plus éloigné du réel que ces figures outrancières, et pourtant, rien ne nous parle plus intimement de notre humanité la plus secrète.

Sacrées ou non, ces bonnes sont des monstres, comme nous-mêmes quand nous nous rêvons ceci ou cela.*

Claire et Solange sont les pantins d’un système qui les emprisonne dans leurs propres rôles. Elles improvisent inlassablement sur un même canevas jusqu’à ce qu’un jour leur numéro dérape et que la mort mette un terme définitif à la mascarade. Madame est le Monsieur Loyal de ce cirque métaphysique. Celle qui tire les ficelles de l’imaginaire. Une créature hybride et insaisissable qui échappe à toute classification et reste auréolée d’un mystère qui la protège des agressions du réel.
Marilù Marini, Hélène Alexandridis et Myrto Procopiou étaient réunies sur le plateau de Madame de SADE par une intelligence, un instinct et un plaisir du jeu partagés. Trois actrices hors du commun capables d’une démesure jubilatoire.Trois fabuleux monstres de théâtre qui sauront, comme l’exigeait Genet, «endosser des gestes et des accoutrements qui leur permettront de me montrer à moi-même, et de me montrer nu, dans la solitude et son allégresse ».

Jacques Vincey – Juin 2010
* extraits de Comment jouer les Bonnes de J. Genet.

  • 20:15
    octobre
    25
    mardi
  • tarif plein: 30.-
    tarif réduit: 20.-
    tarif jeunes: 15.-

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