Les mains sales

du 19 octobre au 20 octobre

au Théâtre du Passage

durée: 2h20 sans entracte

de Jean Paul Sartre

Les mains sales

« De toute façon, tu ne pourrais pas faire un tueur, c’est une affaire de vocation. »

L’un des attraits du théâtre de Jean-Paul Sartre tient à son pouvoir de perturbation, d’incitation à la critique, à la réflexion. « Le théâtre n’est fait ni pour la démonstration ni pour les solutions. Il se nourrit de questions et de problèmes » disait-il au Figaro en 1948.

Les mains sales, en mettant en scène le conflit qui oppose un jeune bourgeois idéaliste aux nécessités politiques, rassemble de fait les propres peurs et illusions de Sartre lui-même au lendemain de la guerre. Le mot de Saint-Just, « Nul ne gouverne innocemment », résume le fond de son dilemme, de son interrogation vis-à-vis de l’engagement politique. Ce déchirement intime se retrouve dans le personnage d’Hugo : il serait prêt à tuer pour que sa cause triomphe, pense-t-il. Mais peut-on rester pur avec les mains sales ? En découvrant les compromis et les mensonges de la réalité politique, le dégoût et la perte des illusions envahissent son âme.

Guy Pierre Couleau continue avec Sartre le travail abordé avec Camus dans Les justes : remettre avec ces deux grands auteurs du XXe siècle les questions de l’utopie et de l’engagement politique au cœur du débat d’idées actuel. Par la même occasion, il nous permet de redécouvrir la langue foisonnante de Sartre, qui échappe à toute classification réductrice et sait aussi faire rire. La pièce, basée sur un long flash-back, évoque ici un film noir des années 40. La scénographie sobre concentre l’essence de la pièce et de son époque sur ce juste fil et fait la part belle aux comédiens.

mise en scène
Guy Pierre Couleau

interprétation
Flore Lefebvre des Noëttes Anne Le Guernec Xavier Chevereau Michel Fouquet François Kergourlay Nils Ohlund Olivier Peigné Stéphane Russel Serge Tranvouez

production
Comédie de l'Est - CDR d'Alsace

coproduction
Cie des Lumières & des Ombres Le Théâtre – SN d'Angoulême La passerelle, SN de Gap, Alpes du Sud

Avec le soutien de la Drac et la Région Poitou-Charentes, du Conseil Général de la Charente et de la Spedidam

scénographie
Raymond Sarti

lumières
Laurent Schneegans

costumes
Laurianne Scimemi

musique originale
Philippe Miller

assistanat à la mise en scène/dramaturgie
Guillaume Clayssen

direction technique
Jean François Herqué

régie générale
François Chaussebourg

régie lumière
Régis Montambaux

Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre (1905-1980), orphelin de père, a été élevé par sa mère. Il entre, en 1924, à l'Ecole normale supérieure, où ses amis se nomment Raymond Aron, Paul Nizan. Il est reçu premier, en 1929, à l'agrégation de philosophie. Sa première publication philosophique (L'Imagination, 1936) précède les écrits littéraires (La Nausée, 1938, et Le Mur, 1939). En 1943, Les Mouches connaissent un grand retentissement et Sartre, à la Libération, va devenir un écrivain célèbre, bien que sa grande œuvre philosophique L'Etre et le Néant (1943), n'ait connu que peu de succès. Sartre quitte l'enseignement en 1945. Il se consacre à l'écriture et fonde, avec Simone de Beauvoir, sa compagne, et Maurice Merleau-Ponty, la revue des Temps Modernes, politiquement très engagée. Ses pièces de théâtre (Huis-clos, 1945, Morts sans sépulture, 1946 ; Les mains sales, 1948), mais aussi ses romans (Les chemins de la liberté, 1945), ainsi que ses essais (Baudelaire, 1947 ; Qu'est-ce que la littérature?, 1947 : Réflexions sur la question juive, 1947) lui valent une immense réputation et provoquent parfois le scandale. A partir de 1950, Sartre se rapproche du Parti communiste dont il est un " compagnon de route " critique et avec lequel il rompra totalement en 1968, lors de l'invasion de la Tchécoslovaquie. De 1950 aux années 60, Sartre approfondit remarquablement la théorie marxiste (Critique de la raison dialectique, 1960). Les mots (1964) lui vaudront le Prix Nobel, qu'il refusera. Avec son ouvrage sur Flaubert (L'Idiot de la famille, 3 tomes, 1971-1972), il semble se rapprocher de la psychanalyse. Atteint de cécité, il continue néanmoins à travailler et à militer. Il meurt, en 1980, ayant mené une vie engagée, qui force souvent l'admiration.

Guy-Pierre Couleau

Guy Pierre Couleau est, depuis juillet 2008, le directeur de la Comédie de l’Est Centre Dramatique

Régional d’Alsace. Il est aussi metteur en scène invité du Théâtre National de Lettonie à Riga et, jusque juin 2009, artiste associé de La Passerelle, scène nationale de Gap.

Des Lumières et Des Ombres est une compagnie en résidence au Théâtre, scène nationale d’Angoulême, depuis 2007.

Il débute au théâtre comme acteur en 1986, dans des mises en scène de Stéphanie Loïk, Agathe Alexis ou Daniel Mesguich.

Il réalise sa première mise en scène à L’Atalante en 1994 (Le Fusil de Chasse de Y.Inoué), puis continue de jouer et de mettre en scène alternativement jusqu‘ en 1998, date à laquelle il décide de se consacrer uniquement à la mise en scène (Vers les Cieux de Horvath, 1995 – Netty d’après Anna Seghers, 1998 – Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard, 1998 … Depuis 1994, il met régulièrement en scène les comédiens de la troupe du Théâtre National de Lettonie à Riga : Les trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, L’affaire de la Rue de Lourcine d’Eugène Labiche, 1996, Nous les Héros de Jean-Luc Lagarce, 2001, Tartuffe de Molière, 2007).

En 1999, il met en scène Le Baladin du Monde Occidental de John M. Synge, puis fonde, en 2000, sa

compagnie : Des Lumières et Des Ombres, qui devient associée au Moulin du Roc, Scène Nationale de Niort. En 2001, Le Sel de La Terre, dyptique de Sue Glover et Frank McGuinness, est programmé au « festival IN » d’Avignon.

Ses plus récents travaux sont La Forêt d’Ostrovsky, (Antony, 2002) ; Résister (Suresnes, 2001, reprise au Théâtre Paris-Villette en 2003) ; La Chaise de Paille de Sue Glover, (Rochefort, 2003, reprise à Paris en 2004) ; George Dandin de Molière, (Angers, 2003) ; Son poteau, pièce du répertoire du Grand-Guignol, (créé dans le cadre des 29 èmes Rencontres d’Hérisson : Les Effroyables, juillet 2004) ; Rêves de W. Mouawad, (Niort puis Antony, 2005) ; L’Epreuve de Marivaux, (Gap, 2005), Les Justes d’Albert Camus (Gap, 2007), Marilyn en chantée de Sue Glover (Angoulême, 2008).

Parallèlement à sa pratique de metteur en scène, en France et à l’étranger, il développe, depuis 2001, une activité de formation et anime des ateliers sur le jeu d’acteur et la mise en scène : à l’Université de Besançon, en partenariat avec le CDN de Franche-Comté, (DEUST d’études théâtrales), au lycée Josué Valin de La Rochelle (dans le cadre de l’option théâtre L3), pour l’IUFM de Poitiers, à l’école de théâtre de l’Université de Houston-Texas, au Centre Dramatique National, au théâtre du Peuple de Bussang, au théâtre de la Passerelle de Gap pour le Rectorat Aix-Marseille, au Lycée de l’Image et du Son d’Angoulême ...

Note d’intention

Mettre en scène aujourd’hui Les Mains sales de Jean Paul Sartre ou : « Raconter le combat du mensonge et de la vérité»

En 2006 je préparais ma mise en scène de la pièce d’Albert Camus Les Justes et en travaillant sur cette période de l’écriture théâtrale de l’immédiat après-guerre, j’avais découvert l’amitié qui liait Jean-Paul Sartre à l’auteur de l’Etranger. J’avais appris dans quelles conditions les deux hommes s’étaient appréciés puis brouillés à mort et comment leur fameuse querelle avait pris depuis ce temps une saveur et une valeur d’affrontement idéologique définitif. Il y avait ceux qui étaient d’un côté et les autres qui avaient tort. Ce qui pouvait faire dire à Bernard Henry Lévy en 2000 que « l’on a tout de même raison d’avoir tort avec Sartre plutôt que raison avec Camus » !

Sartre avait écrit Les Mains Sales quasiment en même temps que Camus écrivait Les Justes. Nous étions autour de 1947. Les deux hommes encore amis se répondaient à coup de pièces en cinq actes et sept tableaux. Tout les opposait déjà, bien avant que la dispute ne soit étalée sur la place publique. Le style de Camus volontairement inspiré de la tragédie classique française du 17è siècle, rigoureux, austère, épuré jusqu’au squelette de la théâtralité, cette écriture qui cherche sa corporalité sur le plateau était une réponse choisie, travaillée et soupesée à la luxuriance Sartrienne. Là où Camus raturait, Sartre ajoutait.

En lisant Les Mains Sales je découvrais combien les deux hommes avaient de distance l’un envers l’autre et à quel point leur théâtre était un peu oublié aujourd’hui. Je dis « un peu » parce que les mises en scène des pièces de Sartre sont finalement assez présentes sur nos scènes depuis vingt ans et certaines ont marqué les esprits des spectateurs. Mais pour ce qui était de Camus je réalisais que je n’avais pratiquement jamais vu son théâtre représenté. Pourtant la profonde nécessité d’une pièce comme Les Justes, son écho avec notre temps, l’universalité des réflexions et des questions qu’elle propose, la qualité de son écriture précisément, tout cela me semblait important à faire entendre sur une scène de théâtre aujourd’hui. L’accueil et la réception du public partout où nous avons joué m’ont confirmé dans l’idée que ce théâtre éminemment politique était attendu par beaucoup des spectateurs. Il y a une place manquante dans le débat d’idées aujourd’hui et cette place est peut-être celle d’Albert Camus.

J’ai mis en scène Les Justes avec l’idée dans un coin de ma tête d’apposer plus tard une réponse, un second volet à cette question de la révolte qui anime Dora, Kaliayev et leurs camarades. La Révolte et l’Amour. Et les moyens mis en œuvre pour parvenir à la fin révolutionnaire que les personnages de Sartre et ceux de Camus voient comme un idéal. Et j’ai pensé proposer aux acteurs qui étaient de l’aventure des Justes de repartir avec Sartre et ses Mains Sales à la rencontre du public. Nous voulons donner à entendre les deux grandes voix de la seconde moitié du vingtième siècle et donner à voir les corps de ces deux pensées qui ont tellement compté pour tant d’entre nous. Camus et Sartre sont plus que présents dans la littérature mondiale actuelle et je découvre en travaillant à présent sur Les Mains Sales à quel point nombre de personnes font référence à l’auteur de La Nausée. Son théâtre est un théâtre de l’abondance, de la profusion, du baroque peut-être. Il n’y a que peu de lignes droites dans ses pièces. Les pensées s’articulant sans cesse autour de circonvolutions, de volte-face, d’hésitations et de changement de rythme. Sartre voulait échapper à toute classification réductrice. Il en est de même pour son théâtre qui vire de bord scène après scène pour inventer une forme bien à lui, originale et singulière. Une forme très vivante et très concrète, en référence à une esthétique cinématographique parfois. Mais Sartre le disait lui-même, « le théâtre ne s’occupe pas de la réalité mais seulement de la vérité. Le cinéma, par contre, cherche une réalité qui contient des moments de vérité. » Alors Sartre écrit en surprenant le lecteur, le spectateur. Il s’autorise le comique en plein milieu de la tragédie et convoque le burlesque là où l’on attendrait le dramatique. Il écrit en se surprenant lui-même tout d’abord. Et c’est cette attitude qui lui permet de dire en parlant de ses rapports avec le parti Communiste : « J’ai commis bien des erreurs, mais je crois que cette tension entre la critique et la discipline est la situation caractéristique de l’intellectuel compagnon de route. Et je crois qu’il devrait être désormais possible de l’être à l’intérieur du parti. » Sartre était aussi un compagnon de route critique du théâtre lui-même en ce sens qu’il écrit pour les acteurs dans une tension permanente entre plaisir et brutalité. Jean Vilar disait : « Peut-être est-ce là la raison profonde du succès de Sartre au théâtre : puisqu’on ne peut rassembler, brutalisons. Toute œuvre de Sartre est une œuvre de combat, n’est-ce pas ? »

C’est ce combat, cette lutte en scène qui me semble fascinante dans Les Mains Sales, le fait que chaque mot, chaque réplique trouve sa légitimité dans sa propre capacité à remuer sens et pensée. Les mots de Sartre sont des armes tout autant que ceux de Camus. Ils se battent au nom d’une vérité pour ne pas dire d’une sincérité. Car le compromis, la compromission et le mensonge sont au cœur de la pièce. C’est ce qui en constitue le sujet profond, le centre de vie. Les Mains Sales palpitent de cette lutte, de ce déchirement intime qui caractérise le personnage de Hugo : le combat du mensonge et de la vérité. Le jeune idéaliste vomit son origine bourgeoise et il s’engage dans le camp de la masse laborieuse au nom d’une justice de classe. Plus tard, au nom du mensonge, il tuera Hoederer, ce chef qu’il admirait. Le dégoût et la perte des illusions sont entrés dans l’âme de Hugo. Avec eux viennent le désespoir et la mort. Sortir du mensonge et de l’écrasement de l’homme par son milieu ; à cet idéal fou, il n’y aura comme réponse que l’impossibilité de sauver qui que ce soit de cette terrible machine à deux faces : la guerre et le totalitarisme. Sartre combat ses propres peurs et ses illusions d’après-guerre. La pièce lui apportera opposition et rejet de la part de ses camarades. Il sera taxé d’anticommunisme par ceux-là même dont il croyait défendre l’engagement. Et il se trouvera en lutte avec son propre camp idéologique, son milieu d’adoption. Je vois aujourd’hui comme un écho à ce combat dans notre profession : il est maintenant celui du théâtre lui-même. Les artistes de scène sont menacés et ils doivent se battre contre l’individualisme et une certaine marchandisation de l’Art, un certain discours mensonger. Imaginer ce travail d’une équipe sur trois saisons est ma réponse personnelle aux arguments qui prétendraient nous faire croire que le théâtre est moribond, que les acteurs ne prennent plus le centre de la scène, que le théâtre est au bout de son chemin et que le public déserte les salles dès lors que le texte offre du sens. Je crois au contraire que l’engagement dans l’Art est une voie salutaire parce qu’il est un chemin pour l’artiste comme pour le spectateur. Le théâtre est un miroir et un témoin de son temps. « Le théâtre est un agent de fraternité » disait

Firmin Gémier.

Il est rare de pouvoir donner à entendre au théâtre deux voix de géants, deux argumentaires si opposés et si inséparablement liés à l’histoire récente de notre civilisation. Ce diptyque théâtral décrit nos origines proches. Il donne à entendre les motifs qui gouvernent aujourd’hui encore nombre de nos actions quotidiennes. Il suffit d’écouter les informations dont nous sommes abreuvés jour après jour pour entendre les échos des préoccupations de Sartre et de Camus. Leurs pensées, leurs esprits semblent toujours vivants au travers des pas hésitants de notre monde moderne. Et le rôle du théâtre n’est-il pas de convoquer les morts à venir sur la scène raconter leur histoire aux vivants ?

Guy Pierre Couleau

février 2008

  • 20:00
    octobre
    19
    mercredi
  • 20:00
    octobre
    20
    jeudi
  • tarif plein: 45.-
    tarif réduit: 35.-
    tarif jeunes: 15.-

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