Quartier Lointain

le 7 février

au Théâtre

durée: 1h25

D’après Jirô Taniguchi

Théâtre

Quartier Lointain

« Comment a-t-il pu quitter cette famille-là ? » 

« Je suis fasciné par le talent de Taniguchi : comment réussit-il, avec une sobriété et une délicatesse infinie, à faire surgir une émotion aussi forte ? » tel est le point de départ du challenge qui a motivé Dorian Rossel. Et à notre tour, nous nous demandons : comment, lui et ses comédiens, réussissent-ils à transmettre cela aussi facilement sur scène ? 

Après Soupçons, l’adaptation d’un documentaire, et La Tempête, version jeune public, nous continuons de suivre le travail du genevois Dorian Rossel avec, cette saison, sa mise en scène de Quartier Lointain, d’après un manga de Jirô Taniguchi, un spectacle qui a valu une très forte renommée à la Compagnie. 
 Hiroshi a 48 ans et le vague à l’âme lorsqu’il se retrouve subitement transmuté dans sa peau d’adolescent de 14 ans, avec sa conscience d’homme. L’occasion pour lui de retrouver sa maman, ses premiers émois et surtout d’essayer d’empêcher son père de partir. Voyage intérieur plutôt que voyage dans le temps, ce récit imprégné d’humour et de tendresse consume l’art d’apprendre à chérir les siens.

Pour retranscrire l’univers de la bande-dessinée et les interactions subtiles entre passé et présent, la Compagnie STT opte pour une théâtralité avouée, affirmée, et surtout, éminemment ludique. C’est un travail collectif où Hiroshi peut-être représenté par plusieurs comédiens, où l’on joue avec les plans horizontaux, verticaux, avec les accessoires, avec la narration. Ce jeu permet de conserver une légèreté de ton qui donne cette impression délicate d’émouvoir sans le vouloir, il transmet une énergie collective proche de la bienveillance chère à Taniguchi et se matérialise sur scène par de très, très belles images. Une pépite.

       

 

mise en scène
 Dorian Rossel Cie STT

 

interprétation
 Rodolphe Dekowski Mathieu Delmonté Xavier Fernandez-Cavada Karim Kadjar Delphine Lanza Elodie Weber

 

musique
 Patricia Bosshard Anne Gillot

 

production déléguée
 Théâtre Vidy-Lausanne

 

coproduction
 Comédie de Genève – Centre Dramatique Cie STT

 

soutien
 Ville de Lausanne Pro Helvetia – Fondation suisse pour la culture Département de l'instruction publique de l'Etat de Genève Loterie Romande Arsenic

 

 

dramaturgie
 Carine Corajoud

 

collaboration artistique
 Delphine Lanza

 

assistante à la mise en scène
 Laure Bourgknecht

 

scénographie
 Sylvie Kleiber Delphine Lanza Dorian Rossel

 

musique originale
 Patricia Bosshard avec la complicité d'Anne Gillot

 

lumière
 Bastien Depierre Dorian Rossel

 

costumes
 Barbara Thonney

 

assistante costumes
 Nicole Conus

 

vidéo
 Jean-Luc Marchina Cie STT

 

Jirô Taniguchi

Jirô Taniguchi naît au Japon en 1947. Influencé par le cinéaste Ozu, il est l’un des dessinateurs nippons les plus célébrés. Son trait fin et élégant mélange subtilement le manga traditionnel et la ligne claire occidentale des années 1960. Quartier lointain, aux éditions Casterman, remporte le prix du meilleur scénario au festival d’Angoulême 2003.

Dorian Rossel

Depuis une dizaine d’années, Dorian Rossel élabore une démarche singulière qui explore avec malice les codes de la représentation. Il ancre sa quête formelle dans un questionnement de l’individu contemporain aux prises avec l’espace social.

Né en 1975, Dorian Rossel est diplômé de l’Ecole Serge Martin à Genève (1993-1996). Il est actif depuis une dizaine d’années au cinéma et au théâtre, en tant que comédien et metteur en scène. Après l’expérience du collectif Demain on change de nom, où il co-signe différentes créations unissant danse et théâtre, comme la série des «HLM» (Bâtie, 2002), il choisit de s’investir dans des projets personnels. Il fonde la Cie STT, où il s’entoure de collaborateurs réguliers (entre autres Delphine Lanza, Carine Corajoud, Xavier Fernandez-Cavada). Ses premières créations sont : «Les jours heureux» (Arsenic, 2004), «Gloire & beauté, liquidation totale» (Arsenic, 2006), «Panoramique intime» (L’Echandole, 2007), «Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir» (Théâtre de l’Usine, 2007) et «Libération sexuelle» (Arsenic, 2008). Puis, «Quartier lointain» (2009) et «Soupçons», à la Comédie de Genève.

Depuis 2008, Dorian Rossel est artiste associé à la Comédie de Genève et sa compagnie bénéficie d’une convention avec l’Etat de Genève. L’association pour la création théâtrale contemporaine (ACTC) lui a également commandé la mise en scène de «La traversée» d’après un texte d’Isabelle Sbrissa (septembre 2009), et le théâtre Am Stram Gram lui a proposé de monter «La tempête» d’après Shakespeare, en version tout public dès 8 ans, pour octobre 2010. En 2009, Dorian Rossel enseigne aussi à la Manufacture/HETSR (Haute école de théâtre de Suisse romande).

Je suis fasciné par le talent de Taniguchi : comment réussit-il, avec une sobriété et une délicatesse infinie, à faire surgir une émotion aussi forte ? Cela renvoie à la question du spectateur, centrale dans ma démarche : comment naissent les sensations, comment entrent-elles en relation avec les pensées, comment créer un terrain pour activer l’imaginaire et qu’il génère des émotions complexes et contradictoires. Et j’aime le trouble que provoque cette histoire par sa construction temporelle, en constant va-et-vient entre passé et présent, une construction très cinématographique qui fait appel au montage. «Quartier lointain» est un objet étranger au théâtre, une matière unique à explorer, un matériau qui questionne mon métier et me pousse à trouver des solutions scéniques que je n’ai encore jamais éprouvées. Pas de réponse toute faite, il faut inventer un langage pertinent pour transposer le dessin, la fable et ses ellipses, ses silences, ses non-dits; un langage qui produit des images. Avec l’idée que chaque matière textuelle exige une forme unique.

Dorian Rossel

Un temps en suspension.
 Nous voulons raconter l’histoire d’un homme qui passe à côté de son existence sans s’en apercevoir. Un jour, pour une raison qui le dépasse, il se retrouve face à sa propre histoire. De façon non spectaculaire, dans la plongée de sa mémoire, il touche à l’émotion de son enfance. Nous désirons évoquer comment son passé le rattrape un jour, au détour de rien, au coin d’une rue. Comment, sous une impulsion incontrôlée, il est poussé à aller au-devant de lui-même. Il ne se passe rien, si ce n’est le récit d’une transformation et d’une réconciliation intérieure. Une lente dérive des sentiments et des événements ordinaires qui modifie imperceptiblement ce que nous sommes.
 Les personnages de Taniguchi font régulièrement cette expérience de la brèche, de l’entre-deux. Au détour de micro-événements, la visite d’une exposition, un voyage en train ou un tour de manège, ils sont happés par leur propre vécu et pénètrent dans le temps dilaté du souvenir. S’ouvre alors à eux la possibilité d’un retour en arrière, à travers les liens d’interdépendance propres aux attaches familiales.
 Par une subtile mise en tension entre un cadre quotidien et la résurgence d’émotions enfouies, Taniguchi plonge le lecteur dans un monde de la tendresse, de la protection et de la confiance mutuelle. Qui ne vont pas sans leurs corollaires, l’abandon, la perte, la nostalgie, la mort. Un univers de pleins et de vides, d’intimité et de prise de conscience.
 Selon l’écrivain japonais Yoshihawa, les récits de Taniguchi se caractérisent par une notion quasi désuète aujourd’hui : la gentillesse. Loin de tout scepticisme, être gentil, pour lui, n’est pas péjoratif, c’est au contraire oser se montrer bienveillant. Envers les autres, envers la nature, envers soi-même. Il y a de la provocation dans ce regard altruiste, situé dans les marges du système productiviste. Un espace ouvert à la rêverie et à la contemplation.
 Nous ne reproduisons pas fidèlement le langage de Taniguchi, mais voulons capter l’esprit de son œuvre, la qualité de son geste. La transposition à partir d’un récit non théâtral oblige à questionner la spécificité de chaque art. Passer d’une bande dessinée à la scène implique de réfléchir au rapport entre le texte et l’image dans le 9e art, et donc entre le texte et les autres modes d’expression scéniques. Pour adapter cette bande dessinée, nous n’optons donc pas pour un traitement réaliste, mais affirmons la théâtralité. L’illusion de la fiction est déjouée : c’est bien un groupe d’acteurs qui s’empare de cette histoire, en endossant des rôles multiples, et qui entraîne le spectateur dans l’univers délicat de Taniguchi.

Carine Corajoud, dramaturge de la Compagnie STT

  • 20:15
    février
    7
    mardi
  • tarif plein: 30.-
    tarif réduit: 20.-
    tarif jeunes: 15.-

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