du 20 octobre au 21 octobre
au TPR
durée: 1h20
tournée 2011-12
de Falk Richter

« Le danger d’un dessèchement intérieur est évidemment très important. »
Ironie, énergie, schizophrénie. La deuxième création Arc en Scènes 2010, mise en scène par Andrea Novicov, fait également un stop par la Chaux-de-Fonds avant de poursuivre sa route. Cette « fantaisie poétique et humoristique sur le monde de l’entreprise et la destruction de l’individu » nourrit les sens et glace les sangs de son auditoire ville après ville.
« Le texte m’a intrigué parce qu’il aborde deux dimensions assez paradoxales, d’une part une vision sociétale froide du monde économique actuel, d’autre part une approche très humaine autour du burn-out avec le personnage principal. Et puis il y a la présence d’une certaine folie à tous les niveaux. » Andrea Novicov reprend donc cet univers, à peine narratif, et le recrée, grâce à ses comédiens et l’énergie créative du plateau, avec la force et l’esthétique visuelles et sonores qui définissent toujours ses créations.
Ainsi, les consultants d’aujourd’hui sont les rois d’hier, ils décrètent et décapitent, se conforment aux imprécations sordides d’un monde abstrait, poussés à se surpasser pour ne pas se faire effacer… On les découvre pantins gelés, vidés d’eux-mêmes, consommant alcool et télé au rayon surgelés, autant victimes que bourreaux. Les véritables tortionnaires sont les chiffres de la bourse.
La scénographie expose un cirque aveugle autour d’une machine à broyer. Dans ce monde de top managers où même les nounours se font évaluer sur leurs objectifs, seule lueur d’espoir et de douceur, la présence d’un enfant. Avec le décalage entre son innocence et le cynisme qui l’entoure, la perte de substance, d’humanité, explose au regard et interroge : pouvons-nous penser notre fonctionnement autrement qu’en termes d’efficacité ?
Et sommes-nous vraiment obligés de jouer les phoques perdus dans des comédies musicales ?
mise en scène traduction interprétation production coproduction avec le soutien de assistante à la mise en scène | scénographie lumière son costumes construction décor direction technique Régie générale et lumière Régie Son Régie plateau chargée de diffusion |
Falk Richter
Falk Richter, né en 1969 à Munich, est actuellement metteur en scène associé à la Schaubühne de Berlin. Il est l’auteur de nombreux textes parmi lesquels : Dieu est un D.J. (1998), Nothing Hurts (1999), PEACE (2000), Sous la glace et Hôtel Palestine (2004). Il fait partie de la génération qui a connu le mur de Berlin et sa chute. Une génération imprégnée des échecs et des compromissions de la précédente et qui, à travers une écriture subjective tente de décortiquer les données de ce monde contemporain où le vrai est de plus en plus difficile à distinguer du faux. Avec un sens aigu de l’observation, et à travers ce qu’on appelle une écriture de plateau où la direction d’acteurs prédomine dans l’élaboration du texte, Richter offre une certaine vision sociale ou politique du monde et du théâtre, non dénuée d’humour ou de poésie.
Andrea Novicov, metteur en scène, directeur artistique Arc en Scènes
Né en 1958 au Canada, son père d’origine russe et sa mère d’origine suisse-italienne se sont connus en Argentine. Suivant les périples de ses parents, Andrea Novicov a vécu en Argentine, au Canada, en Italie et finalement au Tessin où il est entré à l’Ecole de Théâtre Dimitri. Il a poursuivi sa formation à Lisbonne (Ecole de théâtre « A Comuna »), puis à Milan auprès de Dominic DeFazio (Acting, Director à l’« Actor Studio »).
En Italie et en Suisse, il a joué au théâtre, mais aussi pour le cinéma et la télévision. C’est aussi en Italie qu’il a signé ses premières mises en scène et il a en outre travaillé comme scénariste pour le cinéma (notamment pour S. Soldini). Il s’est installé en Suisse romande depuis 1994 où il créa la compagnie Angledange.
Son travail avec cette compagnie est caractérisé par un grand éclectisme : textes classiques et contemporains, montages, travail axé sur le jeu d’acteurs, recherche esthétique jouant avec différentes formes d’expression artistique (poésie, peinture, musique, video).
Andrea Novicov a également poursuivi une activité d’enseignement d’arts dramatiques notamment à l’Accademia d’Arte Drammatica Paolo Grassi à Milan et à la Manufacture (Haute Ecole de Théâtre de la Suisse romande).
Les créations d’Andrea Novicov tournent régulièrement en Suisse et à l’étranger, notamment à Paris. Son théâtre exploite de nouvelles formes et de nouveaux langages, visite et interroge la société, en mettant toujours en évidence les aspects collectifs de la création.
« C’est ainsi : en chacun de nous coexistent un capitaliste qui agit, travaille et produit pour cette époque, et un artiste. L’artiste en nous se console de ce vide existentiel en pleurant un passé qui n’existe plus ou un avenir possible. Cette schizophrénie –entre un être mécanique qui joue en bourse, et qui, selon les flux d’argent, va de sa télévision à son ordinateur portable, qui satisfait son narcissisme en faisant des courses de riche, et un être humain en quête de sens, d’accomplissement, qui cherche à trouver un reste de beauté et d’harmonie dans la nature, les livres et les arts-, c’est précisément cette schizophrénie qui est la principale complice du capitalisme. Elle est au service du paradoxe de ce système: la servitude volontaire de chacun dans une économie collectivement libre. »
Falk Richter
« Sous la glace est un défi très stimulant pour un metteur en scène. Tout d’abord, le texte m’a intrigué parce qu’il aborde deux dimensions assez paradoxales, d’une part une vision sociétale froide du monde économique actuel mais aussi une approche très humaine autour du burn-out avec le personnage principal. Et puis il y a la présence d’une certaine folie à tous les niveaux. Mais le texte en lui-même n’est pas vraiment narratif, il ne contient pas d’action à proprement parler. Tout cela est donc à inventer par le metteur en scène et les comédiens pour accrocher l’attention du spectateur. On travaille sur une matière invisible, comme un tableau abstrait, on compose le rythme, on amène des contrastes, on joue sur l’occupation de l’espace, avec l’énergie et l’âme des comédiens… C’est une contrainte qui nous oblige à être fertiles en créativité. »
Andrea Novicov
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