Villégiature

le 9 mai

au Théâtre

durée: 2h10 sans entracte

d’après Carlo Goldoni

Théâtre

Villégiature

« Tu sais, moi, les choses, pour mon plaisir, il me suffit de les avoir… »

« On part ou on ne part pas ? » Est-ce bien cela l’intrigue de ce grand classique du 18e siècle ? Surprenant, comment un simple départ en vacances peut soulever autant d’enjeux de société, révéler des personnages, nouer des drames, à la frontière entre l’absurdité et la folie. Et c’est pourtant bien là le meilleur révélateur de cette bourgeoisie vénitienne, prisonnière du paraître, en pleine crise économique. Masquer sa faillite, partir pour tenir son rang, s’y ennuyer à mourir. La vacuité et le mensonge de ce système entraînent forcément, par vengeance, dépit, cynisme, la cruauté de ses victimes qui en oublient de construire leur vie. La bienséance craquelle et Goldoni en profite pour faire le portrait en satire de cette génération perdue. 

Cette adaptation, pleine de vitalité, se concentre autour des deux premiers volets de la Trilogie de La Villégiature de Goldoni. Son jeune metteur en scène, Thomas Quillardet, s’attache particulièrement à la verve des dialogues, cette langue très directe, libérée, comme écrite sur le plateau par et pour les comédiens. Dans cet esprit, il permet à ses interprètes des moments de lâcher prise, d’improvisation, de liberté qui nourrissent la folie et l’énergie des situations. Les comédiens incarnent leurs personnages jusque dans leurs moindres travers avec sincérité et générosité, car il faut bien de la tendresse pour croquer ceux qui nous ressemblent.

Les répliques fusent, mais les paroles les plus vraies sont celles adressées en aparté au spectateur. Et les non-dits, eux, sont suffisamment éloquents pour apporter un autre éclairage sur l’action, peut-être un parallèle, d’un siècle à un autre, sur la nature humaine.

d'après les 2 premiers volets de La Trilogie de la Villégiature

mise en scène
Thomas Quillardet avec Jeanne Candel

interprétation
Olivier Achard Aurélien Chaussade Maloue Fourdrinier Claire Lapeyre Mazerat Elizabeth Mazev Jan Peters Pierre-François Pommier Marion Verstraeten

scénographie
Kim Lan Nguyen Thi

costumes
Karine Vintache Assistée de Marion Xardel

lumières
Manuel Desfeux

assistanat à la mise en scène
Pauline Soury

production
Compagnies Jakart et Mugiscué

coproduction
Théâtre de l'Union, CDN de Limoges Théâtre Jean Lurçat, Scène Nationale d'Aubusson Théâtre de Vanves

soutien
DRAC – Ministère de la Culture et de la Communication ARCADI ADAMI Région Limousin Ville de Limoges Maison de la Poésie à Paris

Thomas Quillardet / mise en scène

Né en 1979. Lauréat Villa Médicis Hors les murs 2007

Thomas entre aux Ateliers du Sapajou en 1998 où il reçoit une formation de comédien pendant deux ans avec notamment Arnaud Meunier. Suite à cette formation, il intègre le Studio Théâtre d’Asnière. Il participe à des stages avec Stanislas Nordey autour d’auteurs tels que Heiner Muller ou Pasolini.
A partir de 2003, Thomas se consacre à la mise en scène et monte les Quatre Jumelles de Copi à l’Agiktat (Paris). Il met également en scène Une visite inopportune dans un atelier du conservatoire national du même auteur, Le Baiser sur l’Asphalte de Nelson Rodrigues. Il organise en novembre 2005 le festival Teatro em Obras au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre de l’année du Brésil.

En 2007, il monte à Rio de Janeiro deux monologues de Copi : Le Frigo et Loretta Strong. En 2008, il met en scène Le Repas de Valère Novarina à la Maison de la Poésie à  Paris.

Satire d’une génération perdue

Portrait en satire

Goldoni n’est pas un chroniqueur mondain, il observe l’espèce humaine avec beaucoup d’acuité. Plus qu’à l’homme en soi, Goldoni s’intéresse à la rencontre quotidienne des hommes, aux effets de cette rencontre, à la variabilité qu’elle confère à leur caractère ; et, dans ces rencontres, aux incidences du monde extérieur sur les caractères. Il révèle toujours la tragédie égoïste et cruelle des êtres mais toujours avec beaucoup d’humour. C’est ce que nous affirmerons dans notre traitement des personnages. Ne jamais les juger, ils sont pathétiques et tragiques mais pourquoi nous font- ils rire ?  Pourquoi, dans leurs délires, sont ils si simples et si proche de nous ? La satire est un endroit de jeu très intéressant pour l’acteur, il l’oblige à jouer sur un fil : entre grotesque et tendresse. C’est un jeu libre qui ne condamne jamais, qui accompagne, qui tente de comprendre, simple et doux.

Deux volets

Ce qui nous intéresse dans cette trilogie, c’est sa structure en épisodes. Chaque partie est indépendante mais agit l’une sur l’autre. Nous nous concentrerons sur les deux premiers épisodes.
C’est cette contre-énergie que nous utiliserons sur le plateau. Il est nécessaire, pour montrer la vacuité du départ de confronter les deux pièces. Le spectacle sera divisé en deux, avec un changement radical de scénographie entre les deux parties.
Dans le premier volet, qui s’appuie sur La Manie de le Villégiature, les acteurs seront dans le tourbillon rythmique que propose Goldoni. C’est justement vers les obsessions, les « manies » de chaque personnage, que portera le processus de répétition. Pour eux, une robe est une question de vie ou de mort, et c’est ce premier degr é tragique qui rend la situation absurde pour le spectateur. Cette première partie sera sanguine : changements d’humeur, joues rouges, fièvre, cri. 
La deuxième partie, beaucoup plus chorale, et les enjeux montent d’un cran. Le temps qu’on croyait, détendu, est serré,  il estmarqué par le petit-déjeuner, le déjeuner, l’apéritif et le dîner. Cette deuxième partie est beaucoup plus polyphonique. Ils ne peuvent plus rien se cacher.

Le crépuscule de la société européenne

Et si la société vénitienne que nous décrit Goldoni dans sa trilogie était la nôtre ? Celle d’une Europe en perte de vitesse, ruinée, qui n’arrive plus à imposer un modèle jusque là dominant.
Les personnages de Goldoni sont les représentants d’une Venise sclérosée : en pleine crise économique, au bord de la ruine, les deux familles de la pièce tentent de maintenir un départ en vacances coûteux et vain. Malgré les impossibilités matérielles de ce départ, ils font comme si.
Ils tentent de sauver la face et les apparences. Sauver coûte que coûte le vieux modèle, ne pas en montrer les failles. Colmater. En perte de repères, ils se réfugient dans l’unique valeur sûre qu’il leur reste : l’image.

« Génération perdue » 

Le tour de force de Goldoni dans cette pièce est d’utiliser la polyphonie et la mécanique rythmique pour faire ressortir la solitude et le désenchantement de chacun des personnages et plus particulièrement celui des jeunes. Il y a chez eux une impossibilité à communiquer, non pas par pudeur ou par mutisme: c’est la société qui les empêche. Il n’y a pas de place pour l’intime ou pour la parole libre. La situation est toujours plus forte : elle ne permet pas la parole. Il est impossible dans cette société d’être sincère et de se parler d’amour. La société décrite dans cette pièce de Goldoni oblige à être impeccable.
Les personnages sont plus affairés à construire leur image qu’à construire leur vie, et c’est le parcours initiatique de Giacinta qui est le plus représentatif à cet égard. Ses premières phrases sont pour se soucier de la couleur de sa robe, et elle finit la pièce, contrainte d’épouser un homme qu’elle n’aime pas, disant « pour moi la comédie est finie »

  • 20:15
    mai
    9
    mercredi
  • tarif plein: 30.-
    tarif réduit: 20.-
    tarif jeunes: 15.-

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